Finlande : quand la cohésion nationale devient un argument pour repenser la place des minorités

En mars 2026, un groupe de travail mandaté par le ministère finlandais de l’Éducation a proposé de mettre fin à l’enseignement religieux confessionnel dans les écoles publiques et de le remplacer par une matière commune consacrée aux religions, aux visions du monde et à l’éthique.

Cette proposition est présentée comme une réponse aux défis de la diversité croissante, de l’égalité entre les élèves et de la rationalisation du système éducatif.

Cette réforme concernerait notamment l’enseignement de l’islam, aujourd’hui dispensé dans les écoles publiques finlandaises au même titre que les enseignements luthérien, orthodoxe, catholique ou juif. Comme la Belgique, la Finlande a développé un modèle fondé sur la reconnaissance de la diversité convictionnelle.

Les élèves peuvent suivre un enseignement correspondant à leur tradition religieuse, tandis que les élèves sans affiliation religieuse suivent un enseignement d’éthique. Ce système est souvent présenté comme une manière de garantir l’égalité de traitement entre les différentes convictions présentes dans la société.

Les défenseurs de la réforme estiment qu’un enseignement commun permettrait de renforcer la cohésion nationale en réunissant tous les élèves dans une même classe, indépendamment de leurs appartenances religieuses. Ils considèrent qu’un cadre unique favoriserait davantage les échanges et la construction d’une culture civique partagée.

Mais cette vision est loin de faire l’unanimité. Pour de nombreux représentants des minorités religieuses et spécialistes du pluralisme, la cohésion sociale ne se construit pas nécessairement par la réduction des espaces de reconnaissance accordés aux minorités.

Au contraire, ils soulignent que le sentiment d’appartenance à une société se renforce lorsque chacun a le sentiment que son identité, ses convictions et son histoire sont reconnues à égalité par les institutions publiques.

Le débat finlandais révèle ainsi une tension présente dans de nombreuses démocraties européennes : faut-il rechercher l’unité en uniformisant davantage les parcours des citoyens, ou en garantissant une reconnaissance égale de leurs différences ? Pour les musulmans d’Europe, cette question revêt une importance particulière.

Les dispositifs permettant la prise en compte de leur présence dans les institutions publiques font souvent l’objet d’interrogations et de controverses qui dépassent largement les questions techniques ou pédagogiques.

Au-delà de l’école, c’est donc une réflexion plus large sur la citoyenneté qui est en jeu. Une société est-elle plus cohésive lorsque les différences sont moins visibles, ou lorsque chacun peut se reconnaître pleinement dans les institutions communes ?

L’exemple finlandais rappelle que les débats sur l’éducation sont aussi des débats sur l’égalité, la reconnaissance et la place accordée aux minorités dans l’espace public. La lutte contre l’islamophobie consiste également à veiller à ce que ces discussions puissent avoir lieu sans stigmatisation et dans le respect du principe fondamental d’égalité entre tous les citoyens.

Source : Proposition du groupe de travail du ministère finlandais de l’Éducation visant à remplacer les enseignements religieux confessionnels par un enseignement commun des religions et visions du monde (mars 2026)

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Le Collectif Contre l’Islamophobie en Europe est une association sans but lucratif basée en Belgique.

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