Parmi les multiples défis auxquels est aujourd’hui confrontée l’école française (manque d’effectifs, harcèlement scolaire, problèmes d’inclusion des élèves en situation de handicap…), le nouveau ministre de l’Éducation nationale a choisi, dans la continuité de son prédecesseur Pap Ndiaye, de frapper fort sur un sujet bien spécifique : le port des abayas par les élèves au sein des établissements scolaires. Gabriel Attal a en effet annoncé l’interdiction du port de cette tenue, prétendant ainsi répondre aux besoins des directeurs d’établissement de disposer de lignes directrices claires concernant ce qui pourrait potentiellement enfreindre le principe de la laïcité. Selon le ministre, cette mesure s’imposerait d’elle-même du fait de l’inflation récente des atteintes à la laïcité en milieu scolaire, arguant que celles-ci auraient augmenté de 120% entre l’année scolaire 2022-2023 et 2021-2022. Cette augmentation a pourtant peu à voir avec de supposées attaques délibérées contre l’école républicaine comme le ministre l’avance, mais est bien davantage le résultat d’une focalisation sur les tenues des élèves musulmanes, qui tourne à un véritable acharnement. L’école républicaine « testée » par les atteintes à la laïcité ? En suivant la rhétorique de la lutte contre le séparatisme, selon laquelle la République serait activement menacée par un complot islamiste, le ministre justifie cette mesure d’interdiction par l’idée que le port des abayas constituerait des « coups de butoir, des attaques, des déstabilisations » contre la laïcité et l’institution scolaire. Il convient néanmoins de questionner ce qui constitue réellement une transgression des principes de laïcité et du droit à l’éducation. Le ministre a en effet affirmé que la religion d’un élève ne devait pas être décelable, décrétant ainsi que les habits longs et amples constitueraient des vêtements à caractère religieux. Il s’arroge ainsi un pouvoir qui excède largement ses fonctions, celui d’attribuer à un objet une signification religieuse. En redéfinissant la laïcité dans un sens de plus en plus intrusif et répressif, c’est cette approche qui met à mal l’équilibre nécessaire à un environnement éducatif attentif au bien-être des élèves et ce sont ces déclarations qui altèrent la nature même du principe de laïcité. Des difficultés à reconnaître un signe religieux Puisque le caractère religieux des tenues visées est difficile à établir, les chefs d’établissements ont été encouragés, suite à la circulaire sur les abayas de novembre 2022, à convoquer les élèves afin qu’elles confirment la dimension religieuse de leurs choix vestimentaires. Selon les témoignages qui nous sont parvenus, même lorsque les élèves affirmaient ne pas porter ces vêtements pour des raisons religieuses, le personnel a refusé de les croire. Ces discussions forcent ainsi les élèves à exposer et à justifier leurs croyances personnelles, ce qui constitue une atteinte à la fois à leur liberté de conscience et à leur vie privée. Les élèves rapportent que ces convocations ont aussi été l’occasion pour le personnel d’aborder des sujets tels que leur rapport au Coran, à la pratique religieuse, au pays d’origine de leurs parents, ou bien leurs avis quant aux attentats, notamment celui ayant touché le professeur Samuel Paty. Ces questions tendent ainsi à établir un lien abusif entre la tenue des élèves et des formes de radicalités religieuses ou de rejet de la France. Un blanc-seing donné au sexisme à l’école Outre le détournement de la laïcité que représente cette interdiction, le ministre encourage un climat sexiste à l’école. Comme l’a montré l’année scolaire 2022-2023, durant laquelle des centaines d’incidents nous ont été signalés, la focalisation sur les tenues vestimentaires des élèves donne lieu, sans surprise, à des situations dégradantes pour ces jeunes filles : certains proviseurs se sont ainsi permis d’ordonner que les élèves portent des vêtements qui permettent de « voir leurs formes », de demander ce que les élèves portaient sous leurs jupes, de demander à ce qu’elles se déshabillent, se changent, etc… Ces injonctions et ces commentaires créent un climat délétère pour les élèves qui subissent à un âge de grande vulnérabilité un contrôle accru sur leurs corps et leurs façons de se vêtir – ce qui est à même de perturber le bon déroulement de leur scolarité. Une police vestimentaire à deux vitesses Au-delà du caractère sexiste de ces pratiques visant à contrôler les tenues de ces jeunes filles, les réduisant ainsi à leurs vêtements, ces prises à partie concernent systématiquement des jeunes filles considérées comme d’origine maghrébine ou africaine, car elles sont implicitement perçues comme musulmanes. Le terme de « abaya » semble avoir été stratégiquement choisi pour désigner confusément toute tenue ample portée par une femme présumée musulmane. Au cours de l’année 2022-2023, plusieurs incidents ont démontré que les mêmes tenues portées par des élèves considérées comme non-musulmanes, ne posaient pas problème dans l’établissement car leur tenue n’étaient pas interprétée comme ayant un caractère religieux. Les dernières déclarations du ministre de l’Education nationale légitiment ce délit de faciès. Cet amalgame entre origine et religion est préjudiciable : il amène à une assignation des élèves à une religion, et, à terme, à un traitement différencié et un contrôle accru des tenues vestimentaires de certaines jeunes filles plutôt que d’autres. Si seules les jeunes filles considérées comme issues de l’immigration maghrébine et africaine font l’objet de ces traitements, il s’agit bien là de discriminations à caractère raciste. Ainsi, l’interdiction du port de vêtements longs et amples ne peut que nourrir un climat discriminatoire dans les écoles françaises : cette mesure appelle à être appliquée abusivement par la confusion qu’elle implique entre vêtement religieux et vêtements simplement jugés trop couvrants, elle encourage et valide les dérapages sexistes et racistes, les atteintes à la vie privée des élèves, à leur dignité et au principe d’égal accès à l’éducation. Au nom de la lutte contre le sexisme, contre le racisme et pour le droit à l’éducation, nous appelons donc à dénoncer collectivement cette mesure, dont les conséquences ne peuvent qu’être préjudiciables pour nos enfants.
Florence Bergeaud-Blackler et son ouvrage « Le frérisme et ses réseaux : l’enquête » ont fait débat dans le milieu académique et au-delà. Critiques, similitudes avec des discours conspirationnistes et remises en question de sa méthodologie. Quelles sont les réelles motivations qui animent ce personnage controversé ?
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