Bruxelles : la venue controversée de Mohammed Sifaoui interroge

Le 28 avril prochain, le Centre Jean Gol organise à Bruxelles un débat consacré à la liberté d’expression et à la laïcité. Parmi les intervenants annoncés figure Mohammed Sifaoui, présenté comme « journaliste » et défenseur de la laïcité. Une invitation qui suscite déjà de nombreuses interrogations.

Derrière cette image médiatique se trouve en effet une personnalité régulièrement au cœur de polémiques publiques, notamment en raison de déclarations jugées racistes, sexistes ou stigmatisantes à l’égard de plusieurs minorités.

Des déclarations publiques qui interrogent

Au fil des années, Mohammed Sifaoui s’est illustré par des propos particulièrement controversés sur les réseaux sociaux. Parmi ceux-ci :

« Je pense que les Algériens sont majoritairement des idiots »,

« Avec le français on a accès aux Lumières, avec l’arabe aujourd’hui on a accès à l’obscurantisme »,

ou encore : « Les Portugaises se sont bien intégrées en France. Très vite elles ont appris à se raser ».

À propos d’une femme voilée, il déclarait également :

« On vous a appris à mettre une serpillère sur la tête mais on a oublié de vous éduquer ».

Ces déclarations, largement relayées et critiquées, participent d’un discours essentialisant visant des populations sur des bases ethniques, culturelles ou religieuses.

Une crédibilité fragilisée par l’affaire du Fonds Marianne

Au-delà de ces polémiques, Mohammed Sifaoui est également associé à l’affaire dite du Fonds Marianne, un scandale lié à l’utilisation de fonds publics destinés à la lutte contre la radicalisation.

Dans ce cadre, des subventions importantes — plusieurs centaines de milliers d’euros — ont été attribuées à des structures auxquelles il est lié. Des enquêtes journalistiques ont notamment pointé des productions jugées faibles ou inexistantes au regard des montants engagés, ainsi que des soupçons de mauvaise gestion. Une perquisition à son domicile a eu lieu en juin 2023 et une information judiciaire est toujours en cours.

Si la justice doit bien entendu suivre son cours, ces éléments soulèvent néanmoins des questions quant à la crédibilité de l’intéressé dans le débat public.

Une invitation qui pose question

La présence de Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur, à cet événement renforce encore le malaise. Comment comprendre qu’un responsable politique de premier plan partage l’affiche avec une personnalité aussi controversée ?

Le thème du débat , « la liberté d’expression et la laïcité « , mérite sans aucun doute une discussion sérieuse et exigeante sur le pluralisme des sociétés contemporaines en Europe. Mais peut-on réellement prétendre défendre ces valeurs en offrant une tribune à une figure régulièrement accusée de tenir des propos discriminatoires ?

Un signal préoccupant

Au-delà de la personne de Mohammed Sifaoui, cette invitation envoie un signal préoccupant. Elle contribue à banaliser des discours qui, sous couvert de critique religieuse, peuvent glisser vers la stigmatisation de populations entières, en particulier les citoyens de confession musulmane.

Il ne s’agit pas ici de restreindre la liberté d’expression. Il s’agit de s’interroger sur les choix politiques et éditoriaux qui consistent à offrir une légitimité institutionnelle à des profils dont les prises de position risquent davantage d’attiser les divisions que de nourrir un débat démocratique serein.

The Collectif Contre l'Islamophobie en Europe is a non-profit association based in Belgium.

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