Author: CCIE

Islamophobie : derrière les mots, la banalisation de la haine

Selon Julien Oudoul, l’islamophobie serait légale au motif que la peur d’une religion est permise et que les musulmans ne constitueraient pas une race. Par ces propos trompeurs, il entretient volontairement une confusion autour du terme islamophobie afin d’en banaliser la réalité et de légitimer les actes ainsi que les discours hostiles visant les musulmans. Oui, la liberté d’opinion permet de critiquer, contester, voire de craindre une religion. En revanche, discriminer, exclure ou stigmatiser des personnes en raison de leur appartenance réelle ou supposée à une religion est interdit par la loi. C’est précisément ce que recouvre l’islamophobie lorsqu’elle ne vise plus des idées, mais des individus. Il n’est donc pas surprenant que les institutions européennes et internationales recourent au terme d’« islamophobie ». Au sein de l’Union européenne, l’Agence des droits fondamentaux (FRA) l’emploie régulièrement dans ses rapports pour désigner les discriminations et les crimes de haine visant les musulmans. La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) y fait également référence afin de qualifier les formes d’intolérance et de discrimination structurelle à leur encontre. De même, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies mobilise ce terme dans ses travaux relatifs à la lutte contre la haine dirigée contre les musulmans. Par ailleurs, personne ne soutient que l’islam serait une race biologique. L’islamophobie relève en réalité d’un processus de racialisation, consistant à attribuer aux musulmans des caractéristiques supposées naturelles ou inhérentes du seul fait de leur religion. La race n’est pas une réalité biologique, mais une construction sociale. Elle ne se limite donc pas à la couleur de peau : elle peut aussi se fonder sur la langue, les vêtements, les pratiques religieuses ou des origines supposées. C’est ainsi que certaines populations musulmanes sont perçues et traitées comme un groupe “racial” homogène et essentialisé. Ignorer cela, c’est méconnaître les mécanismes contemporains du racisme.

Bruxelles : la venue controversée de Mohammed Sifaoui interroge

Le 28 avril prochain, le Centre Jean Gol organise à Bruxelles un débat consacré à la liberté d’expression et à la laïcité. Parmi les intervenants annoncés figure Mohammed Sifaoui, présenté comme « journaliste » et défenseur de la laïcité. Une invitation qui suscite déjà de nombreuses interrogations. Derrière cette image médiatique se trouve en effet une personnalité régulièrement au cœur de polémiques publiques, notamment en raison de déclarations jugées racistes, sexistes ou stigmatisantes à l’égard de plusieurs minorités. Des déclarations publiques qui interrogent Au fil des années, Mohammed Sifaoui s’est illustré par des propos particulièrement controversés sur les réseaux sociaux. Parmi ceux-ci : « Je pense que les Algériens sont majoritairement des idiots », « Avec le français on a accès aux Lumières, avec l’arabe aujourd’hui on a accès à l’obscurantisme », ou encore : « Les Portugaises se sont bien intégrées en France. Très vite elles ont appris à se raser ». À propos d’une femme voilée, il déclarait également : « On vous a appris à mettre une serpillère sur la tête mais on a oublié de vous éduquer ». Ces déclarations, largement relayées et critiquées, participent d’un discours essentialisant visant des populations sur des bases ethniques, culturelles ou religieuses. Une crédibilité fragilisée par l’affaire du Fonds Marianne Au-delà de ces polémiques, Mohammed Sifaoui est également associé à l’affaire dite du Fonds Marianne, un scandale lié à l’utilisation de fonds publics destinés à la lutte contre la radicalisation. Dans ce cadre, des subventions importantes — plusieurs centaines de milliers d’euros — ont été attribuées à des structures auxquelles il est lié. Des enquêtes journalistiques ont notamment pointé des productions jugées faibles ou inexistantes au regard des montants engagés, ainsi que des soupçons de mauvaise gestion. Une perquisition à son domicile a eu lieu en juin 2023 et une information judiciaire est toujours en cours. Si la justice doit bien entendu suivre son cours, ces éléments soulèvent néanmoins des questions quant à la crédibilité de l’intéressé dans le débat public. Une invitation qui pose question La présence de Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur, à cet événement renforce encore le malaise. Comment comprendre qu’un responsable politique de premier plan partage l’affiche avec une personnalité aussi controversée ? Le thème du débat , « la liberté d’expression et la laïcité « , mérite sans aucun doute une discussion sérieuse et exigeante sur le pluralisme des sociétés contemporaines en Europe. Mais peut-on réellement prétendre défendre ces valeurs en offrant une tribune à une figure régulièrement accusée de tenir des propos discriminatoires ? Un signal préoccupant Au-delà de la personne de Mohammed Sifaoui, cette invitation envoie un signal préoccupant. Elle contribue à banaliser des discours qui, sous couvert de critique religieuse, peuvent glisser vers la stigmatisation de populations entières, en particulier les citoyens de confession musulmane. Il ne s’agit pas ici de restreindre la liberté d’expression. Il s’agit de s’interroger sur les choix politiques et éditoriaux qui consistent à offrir une légitimité institutionnelle à des profils dont les prises de position risquent davantage d’attiser les divisions que de nourrir un débat démocratique serein.

CDD 1 an – Chef·fe de projet Mobilisation & Réseaux étudiants européens

📍 Bruxelles Présentation de l’organisation Le CCIE est une organisation non gouvernementale basée à Bruxelles, active à l’échelle belge et européenne dans la lutte contre l’islamophobie, le racisme et les discriminations. L’ONG développe des actions de sensibilisation, de plaidoyer et de coopération avec des acteurs institutionnels, associatifs et universitaires. Dans le cadre du renforcement de ses activités européennes, le CCIE recrute un·e Chef·fe de projet Mobilisation & Réseaux étudiants européens. Missions Sous la supervision de la direction, le/la Chef·fe de projet contribuera au développement et à la structuration des actions européennes du CCIE, avec un accent particulier sur les réseaux étudiants et universitaires. Développement de réseaux et partenariats Coordination de projets et d’événements Suivi et reporting Profil recherché Conditions

No, the CCIF has not “reconstituted itself in Belgium”

Alors que les idéologies d’extrême droite poursuivent leur progression à travers l’Europe, l’espace civique se rétrécit dangereusement. Les organisations de la société civile engagées dans la défense des droits humains sont de plus en plus la cible de campagnes de dénigrement, de disqualification et de criminalisation. Dans ce contexte profondément hostile, le CCIE fait une nouvelle fois l’objet d’une campagne de diffamation. Celle-ci est à nouveau orchestrée à l’origine par des médias et des responsables politiques aux discours racistes, dans le but d’entraver les activités de lutte contre l’islamophobie.  Depuis la mise en ligne de notre page Facebook, plusieurs médias, français et belges, ont annoncé que le CCIF, auto-dissout en France le 29 octobre puis dissout par le Conseil des ministre français le 2 décembre 2020, s’était « reconstitué en Belgique ». Cela est faux : le CCIF n’existe plus. Ses actifs et ce qui constitue sa propriété intellectuelle ont été cédés à des associations, dont le CCIE, juste après l’auto-dissolution. Malgré les nombreux faits établis ces derniers mois, persistent des contre-vérités à propos de cette association, et notamment l’idée que le CCIF aurait été « manifestement impliqué » dans l’assassinat du professeur Samuel Paty. Les médias français — comme Le Monde ou Libération — qui ont enquêté pour savoir si le CCIF était impliqué ont pu se rendre compte qu’il n’y a eu absolument aucune action ou communication de la part de l’association sur ce dossier.  Dès lors, prétendre que le CCIF aurait été impliqué dans l’attentat (ou même dans la campagne contre Samuel Paty) est hautement diffamatoire et grave ; cette accusation a d’ailleurs donné lieu à de nombreuses menaces de mort adressées aux équipes de l’association, dont la sécurité physique était en danger en France. Le 27 octobre, dans le quotidien Libération, M. Gérald Darmanin a fait marche arrière et a reconnu que le CCIF n’avait aucun lien avec la campagne contre le professeur Samuel Paty1, tout en faisant part de sa détermination à dissoudre l’association. Le CCIF a toujours été une organisation de la société civile respectueuse des lois. Aucun de ses membres n’ayant fait l’objet d’une condamnation, le gouvernement français, par l’intermédiaire de son ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, est passé par la voie administrative pour la dissoudre. Cette dissolution arbitraire, que l’avocat du CCIF a contestée auprès du Conseil d’État, a heurté plusieurs grandes organisations historiques, comme Amnesty International, qui y a vu une atteinte à la liberté d’association, la Ligue des Droits de l’Homme, qui l’a qualifiée de « dissolution politique » ou comme Human Rights Watch, qui l’a inscrite dans une « dérive sécuritaire » qui met en danger les libertés.  Le CCIE est une association belge de défense des droits humains à but non lucratif, qui existait déjà avant la dissolution du CCIF et qui fonctionne de manière différente de celle du CCIF, notamment parce qu’elle se concentre sur l’observation et l’analyse du phénomène de l’islamophobie au niveau européen. Naturellement, notre choix s’est dirigé vers Bruxelles, capitale de l’Europe et espace de rencontres et d’échanges des organisations non gouvernementales européennes. En cela, le CCIE n’est pas une reconstitution du CCIF. L’équipe du CCIE

New Summons of CCIE Leaders

Le CCIE, association européenne de défense des droits humains basée à Bruxelles et de droit belge, a été informé cette semaine que ses responsables, ainsi que ceux d’un partenaire européen situé en France, ont reçu une convocation pour une audition prévue le 3 septembre 2025, faisant suite  aux perquisitions et auditions du 13 mai dernier.  Cette nouvelle convocation intervient après une première tentative d’audition précipitée le 23 juillet 2025, en pleine période estivale, alors même qu’il avait été convenu, lors des perquisitions du 13 mai, qu’aucune sollicitation n’aurait lieu avant la rentrée. L’un des responsables, alors à l’étranger pour des raisons personnelles et professionnelles, et dont les avocats étaient eux-mêmes indisponibles, avaient fait valoir l’impossibilité de se présenter à cette date. Cette précipitation soulève de nombreuses interrogations légitimes : Nous ne pouvons ignorer toutes ces questions alors que le gouvernement entend relancer, à la rentrée, une proposition de loi contre “l’entrisme islamique”, dans laquelle le CCIE est faussement désigné. Ce calendrier judiciaire, étrangement synchronisé avec une stratégie politique, montre que nous ne sommes pas face à une procédure normale, mais face à une opération politico-judiciaire visant à criminaliser une association engagée contre le racisme et l’islamophobie. On ne peut que s’inquiéter d’une justice instrumentalisée à des fins de communication politique contre une organisation des droits de l’homme.  Le CCIE réaffirme qu’il n’a rien à cacher. Nous avons toujours coopéré avec les autorités dans le respect du droit. Mais nous dénonçons avec force les tentatives de bâillonner une parole critique, de délégitimer un travail associatif reconnu par les experts et les personnes concernées, et, plus encore, de faire passer des défenseurs des droits humains pour une menace. Ce qui se joue ici dépasse notre seule organisation. C’est l’ensemble des libertés associatives et de la possibilité de participer au débat public sans répression qui est en jeu. Nous appelons les responsables politiques, les institutions nationales, européennes et internationales, les ONG de défense des droits humains, les militant·e·s, ainsi que nos adhérent·e·s et sympathisant·e·s, à se mobiliser pour exiger que le CCIE, ses responsables, ainsi que ses partenaires, ne soient plus inquiétés ni harcelés pour leurs activités, leurs engagements et leurs prises de position, qui s’inscrivent pleinement dans le cadre des droits fondamentaux. Ce qui est visé, ici, ce n’est pas un délit : c’est un droit d’expression, d’organisation et de mobilisation qu’il nous faut aujourd’hui défendre collectivement.

Statement Following the House Raids and Custody Measures Targeting the CCIE

Le CCIE a été ciblé hier, mardi 13 mai 2025, par des perquisitions et gardes à vue impliquant notamment ses membres fondateurs. Nous dénonçons avec la plus grande fermeté ces mesures, qui relèvent d’une tentative d’intimidation manifeste. Nous rappelons à toutes fins utiles que le CCIE est une association européenne basée à Bruxelles, et n’est pas l’ex-CCIF.  Le moment choisi pour mener ces perquisitions et gardes à vue n’a rien d’anodin. Ces opérations surviennent alors que la sidération causée par le meurtre d’Aboubakar Cissé est encore vive. Deux jours seulement après les rassemblements organisés contre la haine islamophobe en France, qui ont vu des milliers de personnes exprimer leur inquiétude dans le calme et la dignité, le signal envoyé est glaçant. Alors que l’Europe est confrontée à une montée inquiétante de la violence islamophobe, les autorités françaises choisissent de cibler non pas les discours de haine, mais celles et ceux qui, depuis des années, s’efforcent de documenter cette haine et d’y résister par des moyens pacifiques et démocratiques. Ces perquisitions ne sont justifiées par aucun fait grave et aucune menace imminente, leur fonction est clairement politique. Elles visent à délégitimer un travail de terrain et un engagement auprès des victimes, à installer un climat de peur autour des initiatives qui dénoncent l’islamophobie. Il s’agit de faire pression, de disqualifier, de faire passer le militantisme antiraciste pour une menace. L’outil policier est alors mobilisé pour entraver des formes d’expression pourtant garanties par les principes fondamentaux du droit. Depuis sa création, notre collectif documente les discriminations et violences subies par les musulman·e·s en Europe. Nous accompagnons des victimes, produisons des analyses, alertons les institutions. Ce travail, reconnu et relayé dans de nombreux espaces, dérange parce qu’il met en lumière ce que certains tentent d’invisibiliser : l’ancrage structurel de l’islamophobie dans les politiques publiques et les discours médiatiques dominants et leurs conséquences dramatiques qu’il peut avoir  pour les musulmanes et musulmans d’Europe. Il est urgent de défendre les libertés associatives et la possibilité, pour tous, de prendre part au débat public sans craindre la stigmatisation ou la répression. Ce qui est visé aujourd’hui, c’est la légitimité même d’une parole critique. Nous appelons donc à la solidarité et au refus de toute normalisation de ces pratiques.

Reconnaître l’évidence islamophobe

Plusieurs jours ne suffisent pas à l’admettre : Aboubakar Cissé, 22 ans, a été tué de plusieurs dizaines de coups de couteaux dans sa mosquée alors qu’il avait le front posé au sol. Le tueur a filmé ses derniers instants en insultant sa religion. Pourtant, malgré l’évidence aveuglante, malgré les paroles sans équivoque de l’assaillant, malgré le lieu même du crime, il faudrait encore douter : du mobile, de la haine, douter du fait que cet acte relève bien ce que l’on nomme islamophobie. Un doute qui se base sans honte sur la défense du tueur : son avocat assure ainsi qu’il « a tué la première personne sur son chemin », qu’il n’a « rien dit contre l’islam ». Ce discours a trouvé un écho, comme une vérité plausible, comme si le hasard pouvait expliquer qu’il soit précisément entré dans une mosquée et prétendu vouloir se convertir à l’islam, comme si les insultes proférées contre le « Dieu » de la victime ne signifiait rien et comme si ce n’était pas un musulman en prosternation que le tueur avait ciblé. Ce discours est répété par des figures médiatiques comme Caroline Fourest, décidément résolue à être systématiquement du mauvais côté de l’histoire. On parle alors de « cas individuel » selon les termes de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, mais pas de terrorisme, d’attentat, d’islamophobie. Alors que nous sommes encore en train d’accuser le choc, certains s’attèlent ainsi tant bien que mal à trouver les mots pour diluer l’évidence, relativiser l’intention, pour pousser à détourner le regard. Les efforts pour décrédibiliser la victime (n’était-il pas « en situation irrégulière », comme l’affirme de façon hallucinante Retailleau pour justifier son inaction) se font sentir, bien que ces efforts ne trouvent aucune prise : Aboubakar Cissé était un jeune homme apprécié de tous, un jeune homme musulman respectueux et sans problème comme il y en a des milliers. Ce seul fait vient troubler l’ordre établi : habituée à projeter le soupçon sur les musulmans, la société peine à appréhender un crime qui ne laisse place à aucune ambiguïté, aucune inversion accusatoire. Tant que les musulmans étaient perçus comme des suspects, tout semblait cohérent. Mais lorsqu’ils apparaissent, de manière aussi incontestable, comme des victimes, la grille de lecture dominante se fissure. Le trouble se fait sentir également lorsque l’hommage et la minute de silence même sont discutés. Le meurtre d’un musulman dans une mosquée ne serait pas un fait suffisamment grave pour mériter le recueillement républicain. Il aura fallu des négociations, des rappels à la cohérence, à la décence, pour qu’enfin, l’Assemblée nationale autorise une minute de silence. Le silence de Bruno Retailleau est un scandale à part entière. Deux jours d’inaction, un tweet laconique, un refus de rejoindre la marche blanche, un repli à la préfecture. Dans ce silence, les musulman.e.s de France ont vu une indifférence glaciale, et dans ce refus de nommer, une complicité passive. Retailleau est l’homme qui crie “à bas le voile” dans des meetings mais qui peine à prononcer le nom de la victime, la qualifiant « d’individu », l’homme qui brandit le spectre des Frères musulmans à chaque déclaration, même lorsqu’il est interrogé au sujet de cet attentat islamophobe, celui qui a décoré des policiers mis en examen pour des violences graves. Ce refus de reconnaître, de nommer, d’admettre, de regarder la réalité sans détour est celui d’un pays où l’islamophobie est niée, et on mesure aujourd’hui la force de ce déni : on refuse le mot « islamophobie » pour éviter d’affronter le phénomène. Perdre du temps à se demander s’il faut ou non parler d’islamophobie, c’est une insulte à la mémoire de la victime, une insulte pour toutes celles et ceux qui ressentent depuis samedi dernier un trouble grandissant, cela témoigne d’une tentative de faire à tout prix écran à la réalité. C’est permettre que la haine soit dissimulée sous d’autres dénominations : la pathologie, le hasard, la « fascination pour la mort »… C’est refuser aux musulmans une parole politique sur ce qu’ils subissent. En d’autres termes, c’est reproduire la logique même qui autorise la haine à prospérer.

The Collectif Contre l'Islamophobie en Europe is a non-profit association based in Belgium.

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