Auteur/autrice : La Rédaction

Nouvelles convocations des responsables du CCIE

Le CCIE, association européenne de défense des droits humains basée à Bruxelles et de droit belge, a été informé cette semaine que ses responsables, ainsi que ceux d’un partenaire européen situé en France, ont reçu une convocation pour une audition prévue le 3 septembre 2025, faisant suite  aux perquisitions et auditions du 13 mai dernier.  Cette nouvelle convocation intervient après une première tentative d’audition précipitée le 23 juillet 2025, en pleine période estivale, alors même qu’il avait été convenu, lors des perquisitions du 13 mai, qu’aucune sollicitation n’aurait lieu avant la rentrée. L’un des responsables, alors à l’étranger pour des raisons personnelles et professionnelles, et dont les avocats étaient eux-mêmes indisponibles, avaient fait valoir l’impossibilité de se présenter à cette date. Cette précipitation soulève de nombreuses interrogations légitimes : Nous ne pouvons ignorer toutes ces questions alors que le gouvernement entend relancer, à la rentrée, une proposition de loi contre “l’entrisme islamique”, dans laquelle le CCIE est faussement désigné. Ce calendrier judiciaire, étrangement synchronisé avec une stratégie politique, montre que nous ne sommes pas face à une procédure normale, mais face à une opération politico-judiciaire visant à criminaliser une association engagée contre le racisme et l’islamophobie. On ne peut que s’inquiéter d’une justice instrumentalisée à des fins de communication politique contre une organisation des droits de l’homme.  Le CCIE réaffirme qu’il n’a rien à cacher. Nous avons toujours coopéré avec les autorités dans le respect du droit. Mais nous dénonçons avec force les tentatives de bâillonner une parole critique, de délégitimer un travail associatif reconnu par les experts et les personnes concernées, et, plus encore, de faire passer des défenseurs des droits humains pour une menace. Ce qui se joue ici dépasse notre seule organisation. C’est l’ensemble des libertés associatives et de la possibilité de participer au débat public sans répression qui est en jeu. Nous appelons les responsables politiques, les institutions nationales, européennes et internationales, les ONG de défense des droits humains, les militant·e·s, ainsi que nos adhérent·e·s et sympathisant·e·s, à se mobiliser pour exiger que le CCIE, ses responsables, ainsi que ses partenaires, ne soient plus inquiétés ni harcelés pour leurs activités, leurs engagements et leurs prises de position, qui s’inscrivent pleinement dans le cadre des droits fondamentaux. Ce qui est visé, ici, ce n’est pas un délit : c’est un droit d’expression, d’organisation et de mobilisation qu’il nous faut aujourd’hui défendre collectivement.

Communiqué suite aux perquisitions et gardes à vue visant le CCIE

Le CCIE a été ciblé hier, mardi 13 mai 2025, par des perquisitions et gardes à vue impliquant notamment ses membres fondateurs. Nous dénonçons avec la plus grande fermeté ces mesures, qui relèvent d’une tentative d’intimidation manifeste. Nous rappelons à toutes fins utiles que le CCIE est une association européenne basée à Bruxelles, et n’est pas l’ex-CCIF.  Le moment choisi pour mener ces perquisitions et gardes à vue n’a rien d’anodin. Ces opérations surviennent alors que la sidération causée par le meurtre d’Aboubakar Cissé est encore vive. Deux jours seulement après les rassemblements organisés contre la haine islamophobe en France, qui ont vu des milliers de personnes exprimer leur inquiétude dans le calme et la dignité, le signal envoyé est glaçant. Alors que l’Europe est confrontée à une montée inquiétante de la violence islamophobe, les autorités françaises choisissent de cibler non pas les discours de haine, mais celles et ceux qui, depuis des années, s’efforcent de documenter cette haine et d’y résister par des moyens pacifiques et démocratiques. Ces perquisitions ne sont justifiées par aucun fait grave et aucune menace imminente, leur fonction est clairement politique. Elles visent à délégitimer un travail de terrain et un engagement auprès des victimes, à installer un climat de peur autour des initiatives qui dénoncent l’islamophobie. Il s’agit de faire pression, de disqualifier, de faire passer le militantisme antiraciste pour une menace. L’outil policier est alors mobilisé pour entraver des formes d’expression pourtant garanties par les principes fondamentaux du droit. Depuis sa création, notre collectif documente les discriminations et violences subies par les musulman·e·s en Europe. Nous accompagnons des victimes, produisons des analyses, alertons les institutions. Ce travail, reconnu et relayé dans de nombreux espaces, dérange parce qu’il met en lumière ce que certains tentent d’invisibiliser : l’ancrage structurel de l’islamophobie dans les politiques publiques et les discours médiatiques dominants et leurs conséquences dramatiques qu’il peut avoir  pour les musulmanes et musulmans d’Europe. Il est urgent de défendre les libertés associatives et la possibilité, pour tous, de prendre part au débat public sans craindre la stigmatisation ou la répression. Ce qui est visé aujourd’hui, c’est la légitimité même d’une parole critique. Nous appelons donc à la solidarité et au refus de toute normalisation de ces pratiques.

Reconnaître l’évidence islamophobe

Plusieurs jours ne suffisent pas à l’admettre : Aboubakar Cissé, 22 ans, a été tué de plusieurs dizaines de coups de couteaux dans sa mosquée alors qu’il avait le front posé au sol. Le tueur a filmé ses derniers instants en insultant sa religion. Pourtant, malgré l’évidence aveuglante, malgré les paroles sans équivoque de l’assaillant, malgré le lieu même du crime, il faudrait encore douter : du mobile, de la haine, douter du fait que cet acte relève bien ce que l’on nomme islamophobie. Un doute qui se base sans honte sur la défense du tueur : son avocat assure ainsi qu’il « a tué la première personne sur son chemin », qu’il n’a « rien dit contre l’islam ». Ce discours a trouvé un écho, comme une vérité plausible, comme si le hasard pouvait expliquer qu’il soit précisément entré dans une mosquée et prétendu vouloir se convertir à l’islam, comme si les insultes proférées contre le « Dieu » de la victime ne signifiait rien et comme si ce n’était pas un musulman en prosternation que le tueur avait ciblé. Ce discours est répété par des figures médiatiques comme Caroline Fourest, décidément résolue à être systématiquement du mauvais côté de l’histoire. On parle alors de « cas individuel » selon les termes de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, mais pas de terrorisme, d’attentat, d’islamophobie. Alors que nous sommes encore en train d’accuser le choc, certains s’attèlent ainsi tant bien que mal à trouver les mots pour diluer l’évidence, relativiser l’intention, pour pousser à détourner le regard. Les efforts pour décrédibiliser la victime (n’était-il pas « en situation irrégulière », comme l’affirme de façon hallucinante Retailleau pour justifier son inaction) se font sentir, bien que ces efforts ne trouvent aucune prise : Aboubakar Cissé était un jeune homme apprécié de tous, un jeune homme musulman respectueux et sans problème comme il y en a des milliers. Ce seul fait vient troubler l’ordre établi : habituée à projeter le soupçon sur les musulmans, la société peine à appréhender un crime qui ne laisse place à aucune ambiguïté, aucune inversion accusatoire. Tant que les musulmans étaient perçus comme des suspects, tout semblait cohérent. Mais lorsqu’ils apparaissent, de manière aussi incontestable, comme des victimes, la grille de lecture dominante se fissure. Le trouble se fait sentir également lorsque l’hommage et la minute de silence même sont discutés. Le meurtre d’un musulman dans une mosquée ne serait pas un fait suffisamment grave pour mériter le recueillement républicain. Il aura fallu des négociations, des rappels à la cohérence, à la décence, pour qu’enfin, l’Assemblée nationale autorise une minute de silence. Le silence de Bruno Retailleau est un scandale à part entière. Deux jours d’inaction, un tweet laconique, un refus de rejoindre la marche blanche, un repli à la préfecture. Dans ce silence, les musulman.e.s de France ont vu une indifférence glaciale, et dans ce refus de nommer, une complicité passive. Retailleau est l’homme qui crie “à bas le voile” dans des meetings mais qui peine à prononcer le nom de la victime, la qualifiant « d’individu », l’homme qui brandit le spectre des Frères musulmans à chaque déclaration, même lorsqu’il est interrogé au sujet de cet attentat islamophobe, celui qui a décoré des policiers mis en examen pour des violences graves. Ce refus de reconnaître, de nommer, d’admettre, de regarder la réalité sans détour est celui d’un pays où l’islamophobie est niée, et on mesure aujourd’hui la force de ce déni : on refuse le mot « islamophobie » pour éviter d’affronter le phénomène. Perdre du temps à se demander s’il faut ou non parler d’islamophobie, c’est une insulte à la mémoire de la victime, une insulte pour toutes celles et ceux qui ressentent depuis samedi dernier un trouble grandissant, cela témoigne d’une tentative de faire à tout prix écran à la réalité. C’est permettre que la haine soit dissimulée sous d’autres dénominations : la pathologie, le hasard, la « fascination pour la mort »… C’est refuser aux musulmans une parole politique sur ce qu’ils subissent. En d’autres termes, c’est reproduire la logique même qui autorise la haine à prospérer.

Retailleau, la charia et les mirages du national-catholicisme

L’emballement médiatique autour d’une prétendue volonté des Frères musulmans d’instaurer la charia en France révèle moins une réalité factuelle qu’une nouvelle étape dans la recomposition idéologique de l’extrême-centre autoritaire. Cette fois, c’est le ministre de l’Intérieur en personne, Bruno Retailleau, égérie du national-catholicisme, qui en donne le ton.

À bas l’islamophobie

“Des propos inacceptables : Bruno Retailleau attise la haine contre les femmes musulmanes portant le foulard” Lors de la réunion intitulée « Pour la République, la France contre l’islamisme », en présence de près de 2000 personnes et de nombreux membres du gouvernement, dont Manuel Valls (ministre des Outre-mer) et Bruno Retailleau (ministre de l’Intérieur), des propos d’une extrême gravité ont été tenus. Dès sa première intervention, Bruno Retailleau a donné le ton en déclarant :« Ayons le courage de reconnaître qu’en France, il n’y a qu’un seul communautarisme, un seul séparatisme qui menace la République, c’est l’islamisme. » Puis, franchissant un cap alarmant, il a scandé : « À bas le voile. » Cette formule ne relève pas d’une simple critique idéologique : elle constitue une incitation explicite à la haine et à la stigmatisation des femmes musulmanes qui portent le foulard, en les désignant comme une menace à éliminer. En reprenant une rhétorique évoquant les slogans les plus violents de l’Histoire, Bruno Retailleau ne se contente pas d’alimenter une polémique : il attise un climat de rejet et de discrimination. Aux multiples restrictions visant déjà à marginaliser les femmes musulmanes portant le foulard sur le plan social et économique, le ministre de l’Intérieur ajoute désormais une cible symbolique en les désignant publiquement comme objets d’hostilité. Une telle déclaration, provenant d’un représentant de l’État chargé de garantir la sécurité et l’égalité de tous, est inacceptable. Plutôt que de défendre la neutralité de l’État et la protection des libertés individuelles, Bruno Retailleau participe à la désignation d’un “ennemi intérieur”, un procédé historiquement utilisé pour justifier des politiques d’exclusion. Ces déclarations s’inscrivent dans une logique de discrimination systémique qui rappelle les mesures prises au XXe siècle contre les Juifs en France, où l’État organisait progressivement leur exclusion sociale et politique. Aujourd’hui, les femmes musulmanes portant le foulard sont les premières victimes de cette dérive : elles subissent depuis plus de 40 ans une propagande hostile et des politiques liberticides réduisant leur place dans l’espace public. Lorsque de tels propos sont tenus par un ministre de l’Intérieur, ils dépassent le cadre de l’opinion individuelle : ils engagent l’État et légitiment un discours de haine, en contradiction totale avec les principes de laïcité, de neutralité et d’égalité garantis par la Constitution française. Face à la gravité de ces déclarations, nous annonçons que nous avons décidé de saisir la commission des requêtes de la Cour de justice de la République afin que des poursuites soient engagées contre Bruno Retailleau pour incitation à la haine et manquement à ses devoirs de neutralité en tant que membre du gouvernement. Nous saisissons également l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) concernant la diffusion en direct de ces propos sur une chaîne d’information en continu. Il est impératif que les médias assument leur responsabilité en ne servant pas de relais à des discours qui mettent en danger une partie de la population. Nous considérons que Bruno Retailleau n’est plus digne d’exercer ses fonctions de ministre de l’Intérieur. Par ses propos irresponsables, il a manqué à son devoir de neutralité et mis en danger des milliers de citoyennes déjà exposées aux discriminations et aux violences. Nous exigeons sa destitution immédiate et appelons à une mobilisation collective pour défendre les libertés fondamentales et le principe d’égalité. Il est temps de dire STOP à la haine d’État.

Le Collectif Contre l’Islamophobie en Europe est une association sans but lucratif basée en Belgique.

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